Ibrahim Yacouba à cœur ouvert avec Niger Intermagazine
- 12 déc. 2016
- 9 min de lecture
« En politique, tout comme en relations humaines, il faut être humble et réservé pour garder de l’espace pour demain et après-demain », déclare M. Ibrahim Yacoubou
Candidat à la dernière élection présidentielle, ancien Directeur de cabinet adjoint du président Issoufou, président du parti MPN Kiishin Kasa et actuel chef de la diplomatie nigérienne, M. Ibrahim Yacoubou se confie à Niger Inter Magazine. Dans cet entretien exclusif, il a parlé de la diplomatie nigérienne, de son engagement politique, ses déboires avec le PNDS, ses rapports avec le général Salou Djibo et bien d’autres préoccupations des nigériens.

Niger Inter Magazine : Présentez-vous à nos lecteurs et internautes.
Ibrahim Yacouba : Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour cette occasion que vous me donnez et transmettre mes salutations à vos lecteurs. Pour revenir à votre question, je me nomme Ibrahim Yacouba. Depuis avril 2016, le Président et le premier ministre m’ont fait la confiance de me nommer ministre des affaires étrangères, de la coopération, de l’intégration africaine et des nigériens à l’extérieur. Avant, et comme vous le savez peut -être, j’ai été plus syndicaliste qu’autre chose dans ma vie. L’essentiel de ma carrière d’agent des douanes, je l’ai passée comme syndicaliste au sein du SNAD et des centrales syndicales auxquelles nous avions appartenu .Dès le collège, à vrai dire j’étais dans le syndicat scolaire. Mon rapport avec le combat syndical est donc assez précoce et il ne m’a plus jamais quitté jusqu’à mon engagement dans la vie politique. J’ai commencé à jouer un rôle politique important à partir de la transition du CSRD où j’ai servi comme Rapporteur Général du Conseil Consultatif National (NDLR : le parlement de transition sous Salou Djibo).
J’ai été également ministre des transports à partir d’avril 2012 et 16 mois plus tard Directeur de cabinet adjoint durant le premier mandat du président de la République S.E Issoufou Mahamadou. C’est à cette période que je me suis engagé publiquement sous les couleurs d’un parti politique. Aujourd’hui, et ce depuis onze mois, je préside le parti MPN Kiishin Kasa sous la bannière duquel j’ai été candidat aux élections législatives et présidentielles de 2016.Voilà ce que je peux dire assez rapidement par rapport à cette question; mais en vérité aucune présentation ne me paraît plus belle et plus valorisante que celle d’être un citoyen nigérien, tout simplement.
Niger Inter Magazine : Vous êtes présentement chef de la diplomatie nigérienne. Notre pays n’est pas assez bien connu du reste du monde. Quelle est votre touche pour améliorer l’image du Niger vu par les autres ?
Ibrahim Yacoubou : Vous savez tout est relatif. La visibilité d’un pays est une construction socio-politique et économique de longue haleine. Le président de la république Isoufou Mahamadou depuis six ans y prend une part active et je dois dire que le Niger est de mieux en mieux connu .Je le dis parce qu’il y a un engagement très fort des plus hautes autorités du Niger et une multiplicité d’acteurs qui font que nous sommes de plus en plus présents sur la scène internationale, par la diplomatie, par le commerce ,par le sport et notre culture .Je dois souligner particulièrement la présence politique internationale de notre pays qui se traduit par des prises de position fortes et constantes sur les questions internationales. Sur la plupart des questions qui agitent et intéressent le monde, nous sommes non seulement consultés mais aussi considérés par les autres nations du monde. C’est dire qu’il y a de plus en plus une présence et une visibilité du Niger dans le monde, même si je dois avouer que beaucoup reste à faire. Mais c’est incontestable que ces six dernières années notre carte et notre rayonnement diplomatiques se sont accrus par la présence internationale du Niger et la création des nouvelles ambassades. Nous travaillons pour améliorer notre présence sur le plan économique en tenant compte des différents enjeux dans le monde. Nous y arrivons et nous progressons chaque jour. Je ne devrais pas le dire moi-même, mais je sais que vous pourrez vous faire votre idée par vous-mêmes et par vos moyens, pour constater que le Niger est un acteur diplomatique majeur. Mais je le rappelle, la visibilité d’un pays est une construction de longue haleine et qui fait intervenir de multiples acteurs.
Niger Inter: Le Niger a une importante diaspora. Pouvez-vous nous dire votre approche pour non seulement capitaliser l’expérience des nigériens de l’extérieur mais aussi les impliquer dans le développement du Niger ?
Ibrahim Yacoubou : Oui nous avons une importante diaspora, tant que son nombre que par sa composition et sa répartition géographique. D’ailleurs vous-mêmes en savez quelque chose, vous étiez du nombre pendant un certain temps et vous avez certainement pu apprécier combien elle est riche, diverse et dynamique. La diaspora nigérienne est à la fois un enjeu et un défi pour nous. Nous voudrions qu’elle soit un élément moteur de notre développement économique et un élément central de la consolidation des liens sociaux entre les nigériens de l’intérieur et ceux de l’extérieur .Il est extrêmement important que nous arrivions à mobiliser cette importante diaspora pour le développement du Niger. Pour cela, je dois dire que déjà dans le programme du président de la République elle a été mise en avant et considérée comme la 9ème Région de notre pays. Durant le premier mandat, il a été organisé un grand forum de la diaspora et tous les engagements à l’endroit de la diaspora ont été respectés. Le forum est un cadre extrêmement important pour le projet que nous poursuivons pour notre diaspora Et c’est justement pourquoi le président de la République a décidé d’institutionnaliser le forum de la diaspora. Il y aura donc chaque année un dialogue entre le gouvernement et la diaspora .Leurs aspirations, ce qu’ils veulent faire pour eux-mêmes et pour le Niger seront pris en compte pour qu’ensemble nous puissions profiter du cadre ainsi créé. Nous avons fait en sorte que la double nationalité soit autorisée et consacrée par la loi ; étendu la durée du passeport ; et fait en sorte que les nigériens de l’extérieur sont désormais électeurs et éligibles. Comme le savez ils sont aujourd’hui représentés au niveau du parlement dans l’actuelle législature. Sur le plan politique et institutionnel nous avons donc réalisé des actions structurelles très importantes et attendues par la diaspora. Le renforcement de la carte diplomatique leur assure un plus grand encadrement .Il y a cependant et assez souvent cette distance ou cette méfiance avec nos représentations à l’extérieur. C’est pour cela quand nous les rencontrons nous leur disons que les ambassades ont été créées pour eux et elles sont à leur service. Je sais que nous devons chaque jour faire plus, c’est pour cela qu’il y a deux mois nous avons créé, au niveau du Ministère des affaires étrangères, une Direction de la mobilisation de la diaspora pour améliorer le dispositif qui nous permettra d’atteindre les objectifs que j’ai évoqués plus haut relativement à la diaspora nigérienne.
Nous travaillons assidûment pour que les citoyens nigériens, partout où ils sont, soient considérés, respectés et protégés. Nous travaillons pour que les compétences nigériennes soient valorisées et puissent apporter leur expertise au monde. Nous sommes mobilisés pour que les projets dont ils sont porteurs se réalisent. Je suis convaincu que notre diaspora est un formidable de gisement de capacités et d’idées pour le développement de notre pays. Notre diaspora est une valeur ajoutée à tous points de vue pour notre pays .Nous allons transformer ce potentiel : c’est la volonté du Président de la république et de son gouvernement. Nous voudrions que chaque fois qu’un nigérien de l’extérieur porte un projet que l’Etat se mette à son service pour l’aider à le réaliser, car souvent nos compatriotes à l’extérieur se plaignent d’avoir des projets mais ne savent pas la voie à suivre pour la mise en œuvre. Désormais, dans la limite de nos moyens le cadre est là pour pallier ce genre de problème. Nous avons l’obligation d’identifier les compétences nigériennes pour les aider à postuler aux fonctions supérieures au niveau international. Cette mission aussi nous la menons par le biais de la Direction de la mobilisation des nigériens de l’extérieur. Un autre sujet est la question de l’organisation des nigériens de la diaspora. Je dois avouer qu’il y a des pays où la diaspora nigérienne est bien organisée et dispose de structures dignes de ce nom pour promouvoir et défendre les intérêts des nigériens. Il y a des pays où ces structures sont divisées et éclatées. Il existe d’autres pays où les nigériens ne sont pas organisés du tout. C’est pourquoi au niveau du ministère nous avons convenu que nous allons organiser des réunions dans les principaux centres de concentration de notre diaspora. Nous voudrions échanger avec eux pour voir comment les aider à mieux s’organiser. C’est vous dire vraiment que la diaspora nigérienne constitue pour nous un enjeu de taille. Au demeurant, il n’est pas envisageable de développer harmonieusement et efficacement notre pays sans la mobilisation et l’engagement de la diaspora.
Niger Inter Magazine : On reproche au président de la République S.E ISSOUFOU Mahamadou de trop voyager. D’aucuns disent que même en ces temps de morosité économique le chef de l’Etat voyage sans répit. D’autres mettent en doute même les retombées de ces voyages présidentiels. Que répondez-vous en tant que chef de la diplomatie nigérienne ?
Ibrahim Yacoubou : J’allais dire ¨heureusement¨ d’ailleurs sinon je me demande ce que serait le Niger dans ce contexte international troublé et incertain. En vérité, Je ne conçois pas une telle critique dans le cadre des responsabilités d’un Chef d’Etat qui poursuit des objectifs importants pour son pays et qui doit partout porter la voix de son peuple dans les instances internationales. Sérieusement, vous est-il venu à l’idée une seule fois de considérer qu’il existe aujourd’hui un seul pays au monde capable de s’offrir le luxe de s’isoler du monde? Même s’il est le plus puissant du monde. Maintenant si je dois vraiment répondre et raisonner comme je l’entends sur cette considération de retombées, Je dis simplement à ceux qui mettraient en doute les retombées des missions du président de regarder comment notre budget est constitué. Ils n’ont qu’à voir comment notre développement est financé dans une large part par des ressources extérieures. Vous ne pouvez mobiliser les ressources extérieures et créer la confiance avec les partenaires et investisseurs extérieurs qu’avec des contacts que vous créez avec eux. Le président Issoufou donne de sa personne en dynamisant et en diversifiant notre partenariat avec le reste du monde. IL donne du contenu à la position de notre pays sur les questions de développement, de sécurité du Niger et de la sous-région. Je suis depuis 6 mois le témoin de cet engagement pour notre pays. Je pense qu’il faudrait plutôt saluer le travail international du président Issoufou MAHAMADOU. Parlez aux Chefs de ce monde, lisez les médias diplomatiques spécialisés et vous verrez la position de notre pays. Quand on n’est pas très proches des mécanismes qui fondent les rapports entre Etats et les exigences de la coopération internationale, c’est facile et même charmant d’avoir des positions critiques de ce type. Mais moi par honnêteté, je ne cautionnerai ni ne partagerai de telles positions. Je dis que le président voyage parce qu’il doit porter la voix de notre pays, présenter nos préoccupations de sécurité et de développement, soutenir et défendre les projets du Niger, chercher les ressources et les partenaires qu’il nous faut pour créer les conditions de la mise en œuvre de son programme. Le Niger a quelque chose à dire et à faire sur la scène internationale, et le Président assume convenablement cette charge. Ceux qui suivent les relations internationales savent que les Etats les plus considérés sont les plus présents sur la scène internationale. Le président accomplit une mission internationale importante pour notre pays et moi je suis très honoré et fier d’être à ses côtés dans cet exercice-là.
Niger Inter Magazine : Est-ce que le contexte international qui explique cette approche extravertie des problèmes du pays par le président Issoufou ?
Ibrahim Yacoubou : Mais ce n’est pas une approche extravertie. Ce sont surtout les exigences de gestion d’un Etat qui fait qu’un Chef d’État doit être sur les deux fronts : à l’interne et à l’international .Ce n’est pas propre au Niger .le jour où vous trouverez un pays qui ne veut jouer aucun rôle international je vous prie de me le faire savoir. En plus il n’y aucun déséquilibre par rapport à la politique à l’interne, le président Issoufou a une parfaite connaissance du Niger et de ses problèmes. Et il les gère sans désemparer. C’est ainsi que tous les pays fonctionnent et au demeurant même ceux qui ont les capacités ont toujours besoin de l’étranger. Même si le Niger était autosuffisant en disposant de toutes les ressources, nous ne saurions vivre en autarcie. Il faudrait des échanges avec les autres nations du monde ne serait-ce que pour acheter ou pour vendre. Aujourd’hui les terroristes nous attaquent ainsi que nos voisins. Que serait cette situation si chacun se mettait de côté pour faire cavalier seul ? Non ! Il faut avoir l’intelligence des relations minimales nécessaires pour un Etat. Et ces relations minimales nécessaires sont portées par les activités que le président de la République mène pour l’intérêt du Niger. Quand on sait que l’engagement international du président ne vise souvent qu’à résoudre essentiellement des problèmes internes de notre pays, il n’y a absolument aucune raison de critiquer les missions du président de la République. Autant je reconnais à chacun le droit de critiquer et de rejeter un point de vue, autant je dois dire à ceux qui critiquent ces missions se trompent complètement.
Niger Inter Magazine : D’ancien syndicaliste, vous êtes désormais un homme politique confirmé. Vous avez participé à la dernière élection présidentielle avec un score honorable pour un coup d’essai. La politique est-ce une vocation pour vous ?


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