M. Assoumana Mallam Issa, ministre de la Renaissance Culturelle, des Arts et de la Modernisation Soc
- 7 juil. 2016
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Monsieur le ministre, le 10 juin dernier, le Premier ministre Chef du Gouvernement, SE. Brigi Rafini, avait présenté la Déclaration de Politique Générale (DPG) devant l'Assemblée nationale qui l'a adoptée. On y remarque que la Renaissance culturelle et la Modernisation sociale occupent une place de choix dans cette DPG. Quelle est votre appréciation à ce sujet ?
Je pense que personne n'est véritablement surpris de la place référentielle qu'a accordée SEM le Premier ministre à la Renaissance culturelle et à la Modernisation sociale dans cette Déclaration de Politique Générale. Vous avez certainement souvenance que la Renaissance culturelle est un concept qui tient profondément à cœur à SEM. Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger. Cela est d'autant plus évident que depuis son accession à la magistrature suprême de son pays, il n'a jamais cessé de le rappeler. Si vous revisitez toutes ses interventions antérieures, vous relèverez forcément la récurrence avec laquelle il promettait de prôner et de concrétiser un changement de comportement du citoyen nigérien.
Pour illustrer mon propos, je dirai simplement que déjà, en 2011, il mettait l'accent sur cette nécessité de changer de comportement, d'attitude dans la gestion du temps, vis-à-vis du travail et du bien public, et de consacrer l'avènement d'un citoyen modèle. En 2016, tout au long de sa campagne, vous auriez constaté que la Renaissance culturelle était au cœur de son programme d'autant plus qu'il en avait fait son axe prioritaire. Et c'est tout naturellement qu'à la mise en place du Gouvernement, un ministère en charge de la Renaissance culturelle soit dédié pour promouvoir la culture, afin qu'elle soit un instrument qui porte le changement de comportement souhaité par le Président de la République.
Voilà donc pourquoi ce concept de Renaissance culturelle a été mis au cœur de la Déclaration de Politique Générale pour qu'accompagné de la modernisation politique, l'on puisse atteindre la modernisation économique. Le Président de la République estime à juste titre que la modernisation sociale et la modernisation politique doivent constituer des outils de la modernisation économique. Et la modernisation économique est la source du bien-être, c'est la source d'une meilleure répartition des revenus, c'est la source d'une meilleure productivité de l'individu, donc d'une meilleure productivité des institutions de la République, d'une meilleure productivité collective en somme.
Monsieur le ministre, vous avez déjà rédigé une note de cadrage et identifié les principaux axes stratégiques du Ministère de la Renaissance Culturelle, des Arts et de la Modernisation Sociale. De quoi s'agit-il précisément ?
Lorsque nous avons pris fonctions, nous avons trouvé déjà que notre prédécesseur avait mis en place un comité technique qui devait réfléchir sur ce que c'est que la Renaissance culturelle et comment le ministère d'alors, en l'occurrence le Ministère de la Culture, des Arts et des Loisirs, pouvait l'aborder. Nous avons maintenu ce comité, qui nous a produit un premier travail, très riche au demeurant. Puis convaincu de l'opportunité d'un regard neuf et extérieur, nous avons fait appel à beaucoup d'experts, de chercheurs, de praticiens de la Culture, qui se sont réunis, plusieurs jours durant, sous la houlette du Haut Commissariat à la Modernisation de l'État, pour mener la réflexion. Ce comité a proposé une note de cadrage que nous avons soumise aux plus hautes autorités du pays.
Ce cadrage, sur fond de diagnostic, nous a permis de comprendre et d'accepter en toute objectivité qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme on le souhaite. Cette phase était vitale en soi puisque c'est ce diagnostic qui appelle à un changement de comportement. Et c'est aussi lui qui nous a servi de tremplin pour déterminer huit (8) axes principaux à emprunter pour atteindre l'objectif de la Renaissance culturelle, qui est de garantir la Modernisation sociale. Nous avons par exemple l'axe principal qui vise l'avènement d'un citoyen modèle, un autre axe qui porte sur la revalorisation de nos coutumes, de nos traditions, ou encore un autre axe qui se rapporte à la bonne gouvernance. Je disais tout à l'heure que la Modernisation politique est éminemment importante, parce qu'elle est partie prenante de la modernisation économique. Il faudrait donc qu'on assure la bonne gouvernance axée sur les résultats, d'où un autre axe sur la qualité des services publics pour qu'on puisse contribuer à l'amélioration des individus, à la satisfaction de la collectivité. Nous estimons qu'il faut envisager la mise en place de la démarche qualité dans l'administration publique.

Les autres axes sont la promotion des talents de la Nation, c'est-à-dire créer un vivier des compétences à travers lequel nous allons recenser toutes les compétences du Niger, ici et à l'extérieur, d'où le rôle essentiel de la diaspora. Nous avons aussi une exigence de promotion de la créativité artistique en renforçant tout particulièrement les capacités de nos artistes afin qu'ils conçoivent des produits d'une qualité à même de permettre leur exportation. Pour l'essentiel, c'est eux qui doivent transmettre les messages forts de changement de comportement et, de ce fait là, ils doivent impérativement comprendre qu'ils sont au cœur de toute une problématique de développement, notamment de cette diplomatie culturelle que j'appelle de mes vœux et qui est destinée à mieux faire connaitre le Niger et ses valeurs. L'axe suivant porte sur la promotion du patrimoine culturel et la recherche anthropologique, parce que nous avons des sites extrêmement importants dont certains ne sont même pas connus. Il va falloir les identifier et les valoriser. Et le dernier axe, c'est la modernisation sociale. En somme, tout ce que nous avons décliné et ce que nous avons en perspective doit contribuer à l'avènement d'une société moderne. Dans ce cas d'espèce, c'est une société qui sera départie de toutes les mauvaises pratiques, où le Nigérien devient un citoyen modèle, respectueux des lois de la République, respectueux de la valeur humaine, pour que cette société soit une société dans laquelle le bien-être sera la chose la mieux partagée.
Dans notre note de cadrage, nous avons aussi précisé sur quoi nous devons nous appuyer pour atteindre nos objectifs. Ainsi, quatre piliers principaux ont été retenus. Le premier pilier c'est justement la Culture, les Arts, les Loisirs qui constituent la matière première sur laquelle nous devons travailler. Ils vont donc être revalorisés, et nous nous appuierons sur le cinéma, le théâtre, les sketches pour transmettre les messages de changement de comportement. Ensuite, nous avons l'éducation et la recherche, car il faudrait, en fonction des cibles, introduire des programmes d'éducation pour atteindre nos objectifs. Il faut inculquer le changement à la base, à l'école primaire, dans les collèges, dans le système éducatif. Il faudrait que dans le système éducatif, on puisse trouver une place pour les programmes d'éducation civique, de l'éducation citoyenne.
Ensuite, nous avons dit qu'il faut s'appuyer également sur la communication et la sensibilisation, car tout ce que nous sommes en train de faire aura besoin d'être véhiculé. Et il faut qu'on fasse recours aux canaux de communication. Et là nous voulons travailler avec tous les médias, les télévisions, les radios publiques et privées, mais surtout avec les radios communautaires, parce que nous voulons atteindre les populations à la base, pour partager ce message de changement de comportement. Voilà quelques piliers sur lesquels nous allons nous appuyer pour bâtir un programme qui va être porté par le ministère, qui va être porté par la République, pour être à la hauteur de l'espoir placé sur le Ministère de la Renaissance Culturelle.
On se rend compte qu'à travers son contenu, la Renaissance culturelle touche plusieurs domaines qui concernent d'autres ministères. Comment comptez-vous vous y prendre? N'y a-t-il pas de risque de ce qu'on peut appeler conflits de prérogatives entre les différents ministres ?


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